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Éviter le gaspillage alimentaire en faisant son épicerie !

27 mars 2019 | Par Louis-Philippe Potvin
À vos frigosTrucs et astuces

Est-ce que vous rêvez d’un monde plus juste ? Un paradis terrestre où tout le monde a un accès égal à une nourriture saine et équilibrée, trois fois par jour ? Notre système de production alimentaire est devenu extrêmement performant, alors comment est-ce possible que 821 millions d’êtres humains soient mal nourris (FAO, 2018) ? Ce chiffre représente une personne sur 9. Mondialement, la tendance est même légèrement à la hausse, alors qu’elle était en chute constante depuis des années. Une ironie s’ajoute à cette réalité amère. En effet, l’obésité a triplé depuis 1975. En 2016, 39 % des adultes âgés de 18 ans et plus, soit 1,9 milliard d’êtres humains, avaient un problème de surpoids, et 13% étaient obèses. Y-aurait-il un certain déséquilibre dans la répartition des ressources ?

Quand on sait que le tiers de la production mondiale finit au compost ou à la poubelle, il y a lieu de se questionner sur ce que l’on peut faire personnellement pour devenir un acteur de changements positifs. Au Canada, la plus récente étude sur le sujet affirme que 58% de toute la production de nourriture est perdue ou gaspillée, un total de 35,5 millions de tonnes (Nikkel et al. 2019). Et question de se remonter le moral dans ce tourbillon de chiffres : 32 % de ce volume pourrait être récupéré pour venir en aide aux communautés à travers le Canada. Ahhhh, voilà une information enfin réjouissante !

Et pourquoi tant de gaspillage ?

Plusieurs raisons expliquent un gaspillage massif, et tous les acteurs de la chaîne de valeur peuvent y jouer un rôle clé. En termes de production, les agriculteurs sont soumis à des règles strictes. Les critères esthétiques faisant référence à la forme, la taille et la couleur empêchent des quantités énormes d’aliments parfaitement nutritifs d’atteindre l’étape suivante. Comment faire sa part ? Tout débute au marché, lorsque l’on sélectionne ses aliments frais. Il faut d’abord réaliser qu’une manipulation délicate peut éviter l’élimination de nombre de fruits et légumes. Pensons à cet éternel réflexe d’enfoncer son pouce dans un avocat ou une mangue pour tester son niveau de maturité par exemple.

J’agis !

Et puis, il y a la section des légumes moches ! Trapus, allongés, et de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, ces produits sont souvent 30 % moins chers que les autres. Impossible d’en trouver au marché du coin ? Il faut le demander ! Communiquons avec nos épiciers pour exprimer notre désir d’acheter les créations les plus imaginatives de la nature ! Cette intervention, répétée par des dizaines voire même des centaines de clients, ne pourra être ignorée par les gestionnaires. Et quand on choisit ses aliments, ce n’est pas la peine de perdre son temps à vérifier à la loupe s’ils sont parfaits ! Contribuons à réduire le gaspillage alimentaire de notre épicerie en choisissant au moins un article moche par semaine. Et si tout le monde s’y mettait, peut-être qu’on pourrait aider l’industrie du détail à ne pas perdre les 1,31 million de tonnes d’aliments qu’ils jettent chaque année au Canada ?

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Aussi banal que cela puisse paraître, une autre grande cause du gaspillage alimentaire à l’échelle canadienne est imputable au « monstre » que nous avons nous-mêmes créé : les codes reliés aux dates. Cette barrière psychologique qui freine notre envie de consommer un aliment près de sa date « meilleur avant » rend également les dons d’aliments plus compliqués qu’on ne le croit. Plusieurs marchands évitent même de se départir de leur stock vieillissant auprès d’organismes communautaires, car ils craignent les représailles légales qui pourraient s’en suivre si une intoxication alimentaire avait lieu. Pourtant, la loi du Bon Samaritain et celle sur les Dons Alimentaires protègent l’industrie alimentaire contre toute forme de poursuites judiciaires, dans la mesure où le don a été fait de bonne foi. Et comme disait récemment Jean-François Archambault de La Tablée des Chefs à une conférence sur la gastronomie sociale, aucune poursuite judiciaire causée par un don alimentaire fait de bonne foi entraînant une intoxication alimentaire au Canada n’a été répertoriée. Alors qu’attend-on pour rendre ces précieux aliments disponibles aux personnes dans le besoin ?

Inspire, expire…

Pour terminer, démystifions le vocabulaire relatif aux dates. D’abord, il y a les dates « d’expiration ». Celles-ci sont requises uniquement sur cinq types de produits :

1- Lait en poudre enrichi pour bébé et autres formules substituts de lait pour adultes
2- Supplément nutritionnel
3- Substitut de repas
4- Nourriture vendue par les pharmaciens pour des diètes très basses en calories
5- Formules en poudre pour diètes liquides

Pas familier avec ces produits ? Il existe aussi les dates « meilleur avant », qui sont d’abord et avant tout une indication de fraîcheur des aliments. Et ça, même l’Agence Canadienne d’Inspection des Aliments le dit :
« Les aliments peuvent être achetés et consommés après la date limite de conservation. Toutefois, lorsque la date limite de conservation est dépassée, l’aliment peut perdre un peu de sa fraîcheur ou de son goût, ou sa texture peut être différente. »
Et c’est sans compter que lorsque le produit est ouvert, la date écrite perd toute sa légitimité. On peut donc la biffer de l’emballage avec un crayon permanent si cela peut apaiser notre esprit !

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Pour plus d’informations sur ce qui peut sécuritairement se consommer après les dates « meilleur avant », consultez les documents Meilleur avant, bon après ? du MAPAQ. Il existe aussi un autre guide sur les délais précis où l’on peut consommer ses aliments passé la date « meilleur avant » : Food Rescue

En sommes, chaque consommateur a le pouvoir de donner une tournure positive à la problématique mondiale du gaspillage alimentaire par ses gestes de la vie courante. La sélection de nos fruits et légumes qu’on fait à l’épicerie chaque semaine, la sensibilisation auprès de nos épiciers concernant notre désir de consommer des aliments non conformes aux standards d’esthétisme, et une meilleure interprétation des dates inscrites sur les emballages sont toutes des façons concrètes de lutter pour un monde plus juste, et plus vert. Alors, vous joindrez-vous au mouvement ?

Envie de découvrir encore plus de trucs et astuces anti-gaspillage alimentaire ? Inscrivez-vous à un atelier gratuit À vos frigos, offert partout au Québec et au Nouveau-Brunswick !

Sources :



Expert de la lutte contre le gaspillage alimentaire

Louis-Philippe Potvin

Convaincu du pouvoir de l’alimentation comme vecteur de changement positif, il inspire son entourage à favoriser une diète saine et équilibrée, le rendant maître de sa destinée. Pour lui, transformer le monde dans lequel nous vivons en un écosystème plus résilient se fait quotidiennement, une assiette à la fois.

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